Ségolène Royal a beaucoup parlé de "Martine" et de "Dominique", mardi matin sur France Inter. C'est que la veille, en annonçant sa candidature aux primaires socialistes, elle a entraîné leur trio dans une situation pour le moins complexe.

C'est pourtant bien elle qui déclarait en mai dernier : "Le moment venu, nous aurons à décider tous les trois ensemble (avec Martine Aubry et Dominique Strauss-Kahn, donc) comment nous nous engagerons dans cette campagne"... Elle présentait alors son idée de "dispositif gagnant", toute prête qu'elle était "à faire le sacrifice d'une ambition personnelle" pour soutenir la patronne du PS ou le président du FMI si en juin 2011 l'une ou l'autre de leur candidature apparaissait plus évidente que la sienne.

Aubry et DSK prévenus par e-mail

Et tout d'un coup, la voilà, un soir de novembre 2010, lancée dans l'aventure présidentielle pour la seconde fois. Certes, elle affirme ne pas avoir pris de court ses camarades. Un de ses proches nous précise que, lundi après-midi, une copie de l'interview où elle se déclare a été envoyée à la direction du PS, rue de Solférino, et aux proches de Dominique Strauss-Kahn à Paris. Le strict minimum donc...

Mais que s'est-il passé pour que celle qui affronta Nicolas Sarkozy en 2007 juge opportun de déclarer dans un entretien par e-mail à La République du Centre et à Centre presse que "oui", c'est désormais "le moment d'avancer dans la clarté et la simplicité ?" La députée des Deux-Sèvres Delphine Batho, proche de Royal, répond que la socialiste "a pris sa décision après l'épisode des retraites et du remaniement, qui a signé l'entrée en campagne de Nicolas Sarkozy".

Ainsi, Royal répète à plusieurs reprises sur France Inter que son entrée en campagne ne signifie pas qu'elle est, ou sera un jour, "en compétition" avec Aubry ou DSK. Non, car le cadre des primaires prévoit que les candidats "ne s'attaquent pas entre eux", relève-t-elle, mais "parlent aux Français", qu'il faut "convaincre", à qui il faut "donner envie d'aller voter" car "l'alternance est possible" mais "l'abstention menace"... Une manière d'envoyer au diable les questions de stratégie personnelle pour justifier sa candidature par des raisons de fond...

"Écarter Aubry et se poser en interlocutrice de DSK"

À Solférino, on doute de la noblesse des sentiments et l'on juge plutôt que Royal veut se replacer au centre du jeu à l'heure où DSK est star incontestée des sondages. "Il y a un trou d'air en ce moment. DSK est toujours au FMI et Martine Aubry est discrète, elle lui laisse de l'espace", estime un soutien de DSK. "Alors Royal en profite pour écarter Aubry et se poser en interlocutrice de DSK (qu'elle a d'ailleurs rencontré le 18 novembre, ndlr)", dit-on.

D'ailleurs, Royal a beau jeu d'évoquer la "clarté" de sa démarche car, en la matière, les socialistes ont connu des jours meilleurs. Il n'y a même pas une semaine, Martine Aubry déclarait au 20 heures de France 2 à propos d'elle, de Royal et de DSK : "Nous proposerons une candidature véritablement ensemble, c'est-à-dire pas l'un contre l'autre ou l'une contre l'autre"... Une affirmation qu'avait aussitôt démentie Ségolène Royal, qui préférait parler de "pack" ou d'"entente cordiale" plutôt que de "pacte". De là à penser que la sortie d'Aubry, dont Royal n'avait pas été informée, a précipité les évènements... L'entourage nie tout lien de cause à effet, mais Rue de Solferino on est sceptique : "C'est quand même difficile de ne pas faire le lien"...

DSK, "meilleur "Premier ministre"

D'ailleurs, Royal joue les équilibristes pour expliquer que sa démarche personnelle et sa volonté d'unité sont parfaitement compatibles. Concernant Martine Aubry, qu'elle "voit souvent", elle ne relève qu'un bémol : leur différence de "point de vue" concernant le calendrier. "Martine pense que le candidat doit se déclarer le plus tard possible pour subir le moins d'attaques possible de la droite. Moi je pense qu'on ne rentre pas dans une bataille à reculons." Ce ne sera pas une divergence insurmontable à l'heure de se ranger derrière le meilleur candidat pour 2012.

Quant à DSK, qu'elle a rencontré le 18 novembre sans que rien ne filtre de l'entretien, elle relève : "Dominique a déclaré qu'il restait à la tête du FMI jusqu'en 2012", allusion à une interview accordée par le socialiste à un magazine allemand mi-novembre, "mais il peut fort bien changer d'avis"... Elle n'exclut pas, alors, de retirer sa candidature. Et puis, si elle va au bout, et que DSK ne revient pas, Royal a sa petite idée du scénario idéal et l'a confiée à France Inter : à elle l'Élysée, à DSK Matignon, puisqu'il est, selon elle, "le meilleur" Premier ministre pour la France ... Si l'UMP est déjà entrée en campagne, le PS aussi. De gré ou de force.

 

 

 

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